Les origines
HISTOIRE DU PSYCHOBLOC
Le psychobloc, une pratique plus ancienne qu’on ne le pense
1. Les origines : Majorque, à la fin des années 1970
Miquel Riera, le père du psicobloc
Il est difficile de désigner le premier grimpeur ayant escaladé une falaise au-dessus de l’eau. Cette pratique existait probablement de manière spontanée dans de nombreuses régions côtières.
En revanche, un nom revient systématiquement lorsqu’on parle de la naissance du psychobloc moderne : Miquel Riera.
À partir de 1978, ce grimpeur majorquin et plusieurs de ses compagnons commencent à explorer les possibilités offertes par les falaises littorales de leur île.
Leur terrain de jeu initial se situe notamment autour de Porto Pi, près de Palma, où ils développent d’abord la pratique du bloc, avant de s’intéresser aux parois qui dominent directement la Méditerranée.
L’idée est simple : retrouver la liberté du bloc, mais sans être limité par la hauteur d’une chute sur le sol.
L’eau ouvre de nouvelles possibilités.
Progressivement, les grimpeurs explorent des secteurs, ouvrent des voies, leur donnent des noms et commencent à proposer des cotations.
Le psicobloc devient alors une véritable discipline de l’escalade.
Miquel Riera et ses compagnons développent notamment plusieurs secteurs devenus célèbres, comme Cala Varques, Cala Serena ou les falaises proches de Porto Cristo.
C’est également à cette période que s’impose le terme espagnol « psicobloc », que l’on pourrait traduire librement par « bloc psychologique » ou « bloc engagé ».
L’histoire de ces premières années est particulièrement bien documentée par Miquel Riera lui-même, dans ses témoignages et ses écrits. Miquel Riera Psicobloc
Pourquoi Majorque ?
L’île réunit des conditions particulièrement favorables :
- Un littoral calcaire offrant de nombreuses prises et des dévers spectaculaires.
- Des falaises accessibles depuis la terre ou la mer.
- Une eau relativement chaude pendant une grande partie de l’année.
- Une multitude de criques et de grottes marines.
- Des parois de difficultés et de hauteurs très variées.
Majorque devient progressivement le territoire emblématique du psychobloc, au point d’être régulièrement considérée comme sa capitale mondiale.
Mais la pratique ne va pas rester confinée aux Baléares.
2. Les années 1980-1990 : le psychobloc traverse les frontières
La naissance du Deep Water Soloing
Pendant que le psicobloc se développe à Majorque, des grimpeurs britanniques commencent à explorer les falaises maritimes du sud de l’Angleterre.
Dans le Dorset et le Devon, une pratique similaire prend progressivement de l’ampleur sous un autre nom : Deep Water Soloing, souvent abrégé en DWS.
L’expression signifie littéralement « escalade en solo au-dessus de l’eau profonde ».
Parmi les premiers grimpeurs associés au développement britannique, on retrouve notamment Nick Buckley, Mike Robertson et Pete Oxley.
En 1996 paraît Into the Blue, un guide consacré au Deep Water Soloing dans le Dorset.
La publication de topos spécifiques, avec des descriptions de voies et des informations sur les conditions de pratique, contribue à structurer la discipline.
Une rencontre entre les scènes britannique et espagnole
Au début des années 2000, les grimpeurs britanniques découvrent plus largement le potentiel de Majorque.
Des personnalités comme Tim Emmett, Neil Gresham, Mike Robertson et Klem Loskot participent à l’exploration et à l’ouverture de nouvelles lignes.
Leurs voyages, photographies et publications contribuent à faire connaître le psicobloc au-delà de l’Espagne.
À cette époque, le matériel photo et vidéo évolue également, permettant de montrer une pratique particulièrement spectaculaire.
Les images de grimpeurs suspendus à plusieurs dizaines de mètres au-dessus d’une eau turquoise commencent à circuler dans les médias spécialisés.
Le psychobloc possède désormais deux noms largement utilisés : psicobloc, héritage de Majorque, et Deep Water Soloing, popularisé dans le monde anglophone.
En France, on utilise généralement psychobloc, avec un « h ».
3. Chris Sharma : celui qui change la dimension du psychobloc
Es Pontàs, la voie devenue mythique
Si Miquel Riera est considéré comme l’un des fondateurs du psychobloc moderne, Chris Sharma est probablement le grimpeur qui a le plus contribué à sa médiatisation internationale.
Cet Américain, déjà célèbre pour ses réalisations en escalade sportive, s’intéresse aux possibilités offertes par les falaises de Majorque.
En 2006, il réalise l’une des ascensions les plus emblématiques de l’histoire de la discipline : Es Pontàs.
Cette arche naturelle spectaculaire, située sur la côte sud-est de Majorque, présente une ligne extrêmement déversante au-dessus de la mer.
Le passage le plus célèbre impose notamment un mouvement dynamique particulièrement difficile, avec une réception sur des prises situées très haut au-dessus de l’eau.
Après de nombreuses tentatives et des chutes impressionnantes, Chris Sharma parvient à enchaîner la voie en septembre 2006.
La difficulté de cette réalisation est généralement estimée autour de 9a+, même si la cotation du psychobloc reste délicate à comparer directement avec celle de l’escalade sportive.
L’ascension est notamment présentée dans le film King Lines, sorti en 2007.
Les images d’Es Pontàs contribuent à faire connaître le psychobloc auprès d’un public bien plus large que celui des seuls pratiquants. Wikipedia
Alasha : repousser encore les limites
Dix ans plus tard, en 2016, Chris Sharma réalise une nouvelle ligne majeure à Majorque : Alasha.
Cette voie, nommée en référence à sa fille, présente une escalade particulièrement difficile, avec des mouvements exigeants à une hauteur importante au-dessus de la mer.
Sa difficulté fait l’objet de discussions, notamment parce que l’engagement psychologique intervient directement dans la réalisation.
La voie sera notamment répétée en 2021 par Jakob Schubert, confirmant son caractère exceptionnel.
Avec Es Pontàs et Alasha, Chris Sharma démontre que le psychobloc peut atteindre des niveaux de difficulté comparables à ceux des voies les plus exigeantes de l’escalade sportive.
Mais la discipline conserve une particularité fondamentale : la hauteur, la chute et l’environnement marin font partie intégrante de l’expérience.
LES PIONNIERS
Miquel Riera — Aux origines du psicobloc
Un témoignage de première main sur les débuts de la discipline à Majorque.
Lire son récit historique (espagnol)
La naissance du Deep Water Soloing
Une interview de Miquel Riera retraçant le développement de la pratique.
LES GRANDS EXPLOITS
Chris Sharma — King Lines (2007)
Le documentaire qui a largement contribué à la reconnaissance internationale du psychobloc, notamment grâce à Es Pontàs.
Découvrir le film chez Sender Films
Jakob Schubert — Es Pontàs et Alasha (2021)
Retour sur deux répétitions majeures réalisées à Majorque.

